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Huffpost – 13 Avril 2020

Coronavirus: comment les sportifs de haut niveau gèrent le stress provoqué par l’épidémie

Conditionnés pour affronter l’échec, la défaite ou la blessure, les champions, quel que soit leur sport de prédilection, doivent faire face à une situation unique.

 

SPORT – Des mois de préparation réduits à néant, un futur grandement incertain et une motivation nouvelle à forger. Depuis le début de l’épidémie de coronavirus, les sportifs du monde entier se retrouvent face à une situation déroutante: les échéances qu’ils visaient en 2020 ont été reportées voire annulées, et il leur faut rebondir au plus vite tout en étant confinés. 

Or si du côté de la préparation physique, l’écrasante majorité des pros et même des athlètes de haut niveau en général disposent toujours de moyens de pratiquer leur discipline ou du moins d’exercer leur corps, c’est au niveau du mental que la période peut être difficile à vivre. 

 

Comment ne pas hurler à l’injustice quand la compétition pour laquelle on se prépare depuis des années disparaît soudainement? Comment ne pas céder à la panique quand on perd ses chances de briller et d’aller briguer un nouveau contrat? Comment ne pas céder à la crainte du vide quand on ne peut plus sortir pratiquer son sport?

 

Une réaction profondément humaine

Les athlètes sont préparés à ce genre d’événement, à perdre, à ne pas avoir de compétition à cause de la météo. La vraie question c’est de savoir comment ils vont s’approprier la situation”, répond d’emblée au HuffPost Barbara Meyer, ancienne snowboardeuse reconvertie dans la préparation physique puis le coaching, et autrice de plusieurs ouvrages sur l’importance de la préparation mentale dans la vie des sportifs. 

Pour elle, certains vont y voir un défi et une opportunité, quand d’autres vont perdre en motivation et entrer dans une zone de panique. “Le but est de donner du sens à ce qu’ils vont traverser”, précise auprès du HuffPost Grégory Boulicaut, ancien joduka et marathonien, qui intervient désormais auprès de nombreux sportifs professionnels avec son cabinet de préparation mentale et de coaching. “J’essaie de leur faire comprendre qu’ils ont tout simplement une réaction humaine face au changement.”

Car pour lui, il est normal de ressentir de la tristesse, de la frustration, de l’injustice, du refus, de la peur ou de la colère quand son monde s’effondre et que ses objectifs s’évaporent. Le tout est de relativiser et prendre de la hauteur pour continuer à avancer. 

 

Faire d’un pépite une pépite”

Pier Gauthier, ancien tennisman professionnel devenu entraîneur auprès par exemple de Gaël Monfils avant de se spécialiser dans le coaching mental dans le sport et jusqu’au poker et à l’e-sport, va dans le même sens que ses collègues. “Je travaille avec une méthode qui tourne autour d’objectifs que l’on se fixe”, explique-t-il au HuffPost. “Et mes athlètes sont préparés à ne pas forcément atteindre leur objectif. Or comme là il est inatteignable, il s’agit de fixer de nouveaux objectifs et de repartir.” 

Pour lui, “le grand danger, c’est de laisser les athlètes seuls face au vide” que peut représenter ce confinement. “Le moment où l’on doute, c’est l’équivalent du burn-out dans la vie professionnelle”, complète Barbara Meyer. “Le sportif est réglé comme une horloge, sa vie tourne autour des entraînements et des compétitions Alors quand les routines disparaissent, il perd sa direction. Que faire de ce temps libre? Et plus largement: quel sens a désormais ma vie?” 

 

D’après les trois préparateurs mentaux, la réponse à cette interrogation légitime est toute trouvée: “S’ils se lèvent avec un nouvel objectif et s’ils savent ce qu’ils visent chaque matin, alors ce confinement doit devenir une opportunité”, résume Pier Gauthier. Ce qui fait dire à Grégory Boulicaut qu’il faut “faire d’un pépin une pépite”. 

Yoga, méditation, hygiène de vie et visualisation

Pour y parvenir, de nouvelles activités peuvent ainsi être mises en place, toujours avec l’idée de transformer l’écueil de l’épidémie en moyen d’amplifier son talent et de revenir encore plus fort. Grégory Boulicaut évoque par exemple la sophrologie, le yoga ou la méditation. “Autant de choses que l’on avait évoquées pendant toute la saison et que l’on n’avait pas le temps de mettre en place avec des compétitions toutes les deux semaines”, précise-t-il. 

 

Prenant l’exemple des pros du jeu vidéo ou du poker qu’il accompagne, Pier Gauthier évoque aussi le cadre de vie que les champions n’ont jamais le temps d’améliorer du fait du rythme effréné de leur discipline. ”Ça peut passer par l’alimentation, le sommeil, l’hygiène de vie, l’apprentissage d’une langue. C’est propre à chacun, mais tous vont se trouver des objectifs.” 

 

Et les trois spécialistes interrogés par le HuffPost d’ajouter de concert un dernier aspect: la visualisation, aussi appelée imagerie mentale. “Le but est  d’essayer de créer ou de recréer des situations pour s’y projeter mentalement, et y retrouver ou envisager des sensations”, décrit Grégory Boulicaut. En basket par exemple, une joueuse peut visualiser son tir à trois points pour se préparer à la future sensation en match. “Un joueur de golf, de chez lui, est capable de solliciter les bonnes zones de son cerveau et donc s’exercer même durant cette période”, ajoute Pier Gauthier. 

Les sportifs sont ceux qui s’en sortiront le mieux

En effet, comme le dit Barbara Meyer, “des études prouvent qu’en visualisant son muscle travailler, on obtient jusqu’à 20% de force supplémentaire”. Autant d’éléments qui font qu’un athlète qui a recours à la visualisation pourra récupérer son meilleur niveau et même progresser en période de confinement. “C’est la base de la méthode pilate: se concentrer sur un muscle et le faire fonctionner à son optimum. Et ça donne des résultats bluffants”, s’enthousiame celle qui exerce aujourd’hui dans la Silicon Valley auprès de start-up. 

En clair, pas besoin de s’inquiéter outre-mesure pour vos sportifs préférés: ils sauront traverser, peut-être mieux que personne d’ailleurs, cette période historique. ”Encaisser les erreurs, les déceptions, les défaites, les sportifs savent faire”, rassure Pier Gauthier. “Intuitivement, plein d’athlètes vont rebondir immédiatement et mettre à profit ce temps.” 

 

D’autant qu’au contraire de la blessure qui ne pénalise qu’un seul champion, la planète entière se retrouve à l’arrêt. “Il faut juste se dire que tout le monde est dans le même bateau”, insiste Barbara Meyer, qui voit les plus forts mentalement sortir infiniment grandis de cette période. “C’est même une rare occasion de gagner du temps dans la carrière d’un sportif.” 

 

Et la coach de conclure: “Pendant le confinement, il faut travailler sur la stabilité émotionnelle et la confiance en soi (donc se dire que l’on n’a pas fait tout ça pour rien), sur la motivation et envisager la suite avec des objectifs.” Elle termine: “C’est une vraie opportunité de prendre le contrôle de son mental.”

 

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